Le Changement
L'heure du changement a sonné en Occident.
Après une période de liberté totale, le dernier rempart est sur le point d'être franchi, sans que rien ne vienne l'arrêter, et chacun prend conscience que les limites de la société ne tiennent plus qu'à un fil.
La liberté n'existe que face à une interdiction ; elle n'est pas un concept absolu dont on puisse jouir indépendamment et sans entrave.
Au contraire, la liberté ne peut être perçue et exercée que face à une interdiction.
La liberté est une réaction à une limitation. Sans limitation, elle ne peut être perçue ni exercée.
La liberté s'oppose à quelque chose : une loi, un concept, une interdiction, une contingence, une limitation.
On ne jouit de la liberté qu'en présence d'une limite, quelle qu'elle soit.
En l'absence de limites, la liberté ne peut s'exercer contre rien.
Les êtres humains sont des êtres symboliques, et leurs actions sont la représentation d'attitudes porteuses de sens social. Sans l'aide et l'interaction de la société, tout comportement individuel est dénué de sens pour l'être humain isolé.
Tout acte humain est un acte social et n'a de sens que dans le langage des symboles et des attentes des autres membres du groupe concerné. Ces derniers sont capables de décoder leur signification culturelle à travers les gestes, les regards, les vêtements, les tatouages, le ton de la voix, les accents, la posture corporelle, les coutumes et des éléments structurels comme le langage. Ce dernier ne peut exister que si au moins une personne peut le comprendre et communiquer grâce à lui, puisqu'il ne peut s'agir d'un langage unique. L'échange d'informations nécessite la présence de plusieurs interlocuteurs. Chaque acte humain communique ou dissimule aux autres des intentions inconscientes, ou des messages d'intention exprimés publiquement.
Tout acte social est légal et moralement accepté, indépendamment de l'opinion personnelle, car il est sanctionné par la société et le système social, qu'il soit considéré comme immoral ou nuisible ou non. La société est à l'origine de tous les actes sociaux, qu'ils soient cruels ou non, et elle instaure donc sa propre forme de punition pour les actes intolérables pour une partie de ses membres, majoritaire ou minoritaire. La fonction de la science éthique et de la pratique religieuse vise une utopie de perfection, ou une dystopie sociale où rien de désagréable ne serait toléré, sans que l'on sache si une telle société parfaite serait souhaitable, car elle n'a jamais existé dans l'histoire de l'humanité.
Dans l'Univers 25, une expérience menée sur une communauté de rats a montré que, lorsque les attentes et les exigences cessaient, tous les besoins de la société étaient satisfaits. Cependant, faute de besoins pleinement comblés, les rats sombraient dans l'apathie, et tout effort de survie prenait fin.
Il a été conclu que le manque de stimuli négatifs pouvait également mener à la destruction de la structure sociale.
Dès lors, comment surviennent les changements sociétaux et quel est le mécanisme du changement social ?
En principe, le changement exerce une forte attraction sur l'innovation, même s'il ne s'agit pas d'une évolution, car la monotonie engendre l'apathie, principale cause de la désintégration sociale des êtres supérieurs.
La monotonie d'une fourmilière ou d'une ruche n'affecte pas les habitudes de ces animaux ; La monotonie peut être fatale aux animaux supérieurs, notamment aux espèces capables de modifier leur comportement et d'éprouver des émotions telles que la colère, le loisir, la tristesse, la solitude, la camaraderie, la loyauté et la rivalité.
Le changement est une stratégie pour surmonter la monotonie et l'anxiété qui caractérisent la vie sociale. C'est pourquoi on trouve l'art, la religion, la science, la philosophie, les rites sociaux, le cadre social qui représente les différents statuts sociaux, la diversité des langues et de leurs dialectes, la variété des gastronomies, la diversité des teints, des types de cheveux, des tailles, des morphologies et des traits physiques. Tout cela reflète le besoin constant d'évolution du système social et des comportements en société.
Chaque nouveau comportement engendre une rupture qui se traduit par un nouveau rite de passage. Les pionniers subissent un fort rejet, tandis que les adoptants suivants se retrouvent contraints de se conformer aux nouvelles modes. Ce cycle sans fin se répète à chaque nouvelle tendance. Le meilleur indicateur de changement est le moment où la mode actuelle atteint son apogée et où le pendule du changement imminent pointe dans la direction opposée à celle suivie, la tendance à nier le comportement actuel, à contre-courant.
Alors, comme dirait Engels, la porte pourrie de la mode est prête à être enfoncée par les changements inévitables, rétablissant la loi du matérialisme de l'Histoire.
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